Bonjour amis lecteurs. Me revoilà pour une nouvelle anecdote de mon incroyable vie de prof. Un peu mouvementé ce début d’avril. Mes élèves se sont déchaînés. Certainement l’arrivée du printemps. Chaque année à la même période, la belle saison rend nos adolescents fin fous. Le soleil brille, les arbres fleurissent, les oiseaux sortent de leurs nids, tout le monde est joyeux et filles et garçons profitent du beau temps pour… Travailler? Etudier? Pas du tout. Pourtant, le brevet et le bac seront bientôt au rendez-vous. Non, les mots « travailler » et « étudier » sont obsolètes pour nos jeunes. A la place, ils préfèrent utiliser les beaux jours pour bavarder, flirter, sécher les cours (je les comprends , qui voudrait rester enfermer dans une salle de cours alors que dehors il fait un soleil radieux), enquiquiner les enseignants. Mot familier mais le terme correspond assez bien à Love.

Je ne vous ai jamais parlé de Love. Pour une bonne raison, je ne le connaissais pas avant la rentrée de septembre et je ne l’aurais sans doute plus comme élève l’année prochaine, à moins qu’il ne décide d’intégrer l’un de nos CAP ou BAC PRO, mais prions pour que ce futur n’arrive pas. Même si j’aime bien l’idée de retrouver certains élèves, pour d’autres en revanche…

Bref vous m’avez comprise. Avant de poursuivre, quelques sur mots Love: tout d’abord c’est un garçon. Deuxièmement, il porte un nom, adorable au premier abord mais sa personnalité en est tout autre.

Troisièmement , il est en classe de troisième prépa-métier. Si vous avez lu le précédent chapitre de mon incroyable vide de prof, vous comprenez que ce ce n’est pas vraiment bon signe.

Quatrièmement , il bavarde, il est sans cesse retourné pour parler à son camarade. Il pourrait être capable de bien faire mais il fait rarement le travail demandé, sauf quand il est intéressé, ce qui est rare, très rare.

Pour conclure, Love adore faire le clown. C’est à ce moment là que mon anecdote prend vie. Vendredi 3 avril, c’est Carnacité dans mon lycée. Les élèves et même les enseignants peuvent venir en cours déguisés. Un évènement plutôt sympathique. Chacun pense bien à l’avance au déguisement qu’il portera le jour J. Justement, deux jours avant le grand jour, j’entends que Love aimerait être habillé en fille. Pourquoi pas? Après tout , c’est l’occasion.

Finalement, lorsque je le croise pour la dernière heure de cours de la journée, il a changé d’avis et c’est un Love avec un visage peinturluré de blanc et un nez rouge qui débarque dans ma salle. Il faut être honnête, cela lui sied à merveille. Je ne manque pas de lui dire, in English of course « It suits you well! »

Malheureusement, le déguisement lui colle un peu trop à la peau et tel le Jocker dans Batman, Love prend son rôle un peu trop au sérieux à tel point qu’il passe l’heure à faire le clown. Pour ne pas changer, me direz-vous. Il bavarde plus que d’habitude, il se déplace sans autorisation, il prend le blouson d’un camarade pour faire croire qu’il y a bébé à l’intérieur. Je suis patiente mais au bout d’un moment, je lui demande d’aller dans le couloir pour se calmer et je ferme la porte.

Pensez-vous que Love restera calme?

Non. Evidemment. Il marche dans le couloir, il frappe à la porte, il essaye de rentrer à plusieurs reprises dans la salle, il parle même tout seul, ce qui fait bien rire le reste des élèves.

Je peux encore l’entendre dire « Madame, je deviens fou ». Puis, tout à coup, il rentre dans la salle et lance une de ses chaussures…


Mesdames, messieurs, un tonnerre d’applaudissements pour Love qui restera les trois ou cinq dernières minutes en chaussettes dans le couloir. Oui , je l’ai gardé jusqu’à la sonnerie. Love n’a pas été pour le moins du monde chagriné.


Et vous, comment auriez-vous réagi?